Charles Baudelaire
Biographie   -   Œuvres   -   Commentaires   -   Autres auteurs Sommaire - Plan - Boutique    
 

Crépuscule du Soir

Analyse du texte

 

Texte intégral

Le texte complet se trouve sur cette page : Cliquez ici.

 

Explication de texte

Il s’agit d’un des premiers textes des Petits Poèmes en Prose, publié en 1855 dans un recueil intitulé "Fontainebleau", en hommage à Denecourt. Ce texte est un vrai paradoxe car il rend hommage à la nature mais Baudelaire déteste le végétal, comme il le souligne lui même dans une lettre à l’éditeur : « Vous savez bien que je suis incapable de m’attendrir sur les végétaux… Je ne croirais jamais que l’âme des dieux habite dans les plantes. » Pour Baudelaire en effet, la nature offre tout au plus une métaphore.

Le premier paragraphe semble chanter dans une veine unanimiste et avec lyrisme les fatigues d’une population laborieuse. Prélude à l’évocation très riche de la fin.

Analyse du deuxième paragraphe : Le mot « Cependant » introduit rupture. La longueur de la phrase et son rythme suggèrent tout l’espace que le hurlement doit occuper et traverser. « Nues transparentes » indique des cris infra-humains, des forces obscures.

Analyse du troisième paragraphe : Quelle est la nature de ces hommes que la nuit ne calme pas ? (ils diffèrent des esprits fatigués du premier paragraphe) Baudelaire ressent une profonde compassion. On retrouve des images empruntées au romantisme noir :

  • Hiboux, signal de sabbat

  • « sinistre ululation, lugubre harmonie »

On croit retrouver l’atmosphère des romans noirs anglais (cf. hospice perché sur la montagne), avec le contraste entre la paix, joie de famille  et l'harmonies de l’enfer.

Le poète fume, activité énivrante, (cf. « La pipe » dans Les Fleurs du mal). Fumer reste une activité associée au repos du travailleur. Mais on trouve des notes inquiétantes avec « immense vallée, hérissée de maisons ». Puis on trouve un exemple de prosopopée avec « chaque fenêtre dit… ». Un vent mauvais souffle, qui vient contraster avec le verbe « bercer ma pensée étonnée ». Peut-être Baudelaire jouit-il de se trouver à la frontière. Terriblement névrosé, il est toujours resté lucide et n’a jamais sombré. Il goûte ici à "l'imitation des harmonies de l’enfer » (cf. Voltaire, Candide et la présentation des armées).

Le quatrième paragraphe commence par une affirmation : « le crépuscule excite les fous ». Baudelaire évoque ensuite les cas cliniques avec une ironie froide. Il y a un jeu sur le sens du mot "Poulet" : message amoureux, érotique ? Mais tout s’inverse : les plaisirs sont gâtés le soir.

Le cinquième paragraphe indique un second cas clinique. La rime intérieure sociable / impitoyable accentue la différence. On note aussi un terme forgé par Baudelaire : « manie crépusculeuse »

Le sixième évoque l’évolution de ces deux cas. (Le personnage de l’ambitieux blessé apparaît déjà dans « Les veuves »). A partir d’une ambition déçue, le processus délirant s’est installé. Le poète entend se différencier de ses amis malheureux, cf. antithèse des vers 42, 43 : « La nuit, qui mettait ses ténèbres dans leur esprit, fait la lumière dans le mien ». Mais au lieu de la rassurer, cette différence l’inquiète : cf. « intrigué / alarmé », dans les deux cas, le crépuscule a une force inattendue. Il est en fait aussi nerveux et impressionnable que les malheureux dont il évoque le cas (cf. « Le mauvais vitrier ») : accès de violence, mais la portée symbolique n’en atténue nullement la violence).

Le texte fait ensuite jaillir un trait d’effusion lyrique, avec crescendo d’une exclamation à l’autre : « O nuit ! ô rafraîchissantes ténèbres ! ». Le repos de la nuit pourrait préfigurer le repos éternel.
On passe des dernières lueurs du couchants aux feux de la nuit (théâtres habituels des drames que le poète se plait à exposer ; effets semblables dans « Le désir de peindre »). Le mouvement lyrique reprend ensuite, plus mélancolique, plus voilé.

Après l’évocation de la nuit, il revient au crépuscule : est-ce de la nostalgie ? Evocation avec apostrophe, note à la fois grave et tendre. La structure de la phrase est complexe et s’accorde avec une solennité explosive. On trouve ensuite une atmosphère de mélancolie et de rêve. A l’idée de libération s’oppose l’oppression victorieuse de la nuit (« lueurs roses… »). Mais les feux de la nuit occultent les dernières lueurs du jour. L’expression « rouge / opaque » représente presque une antithèse. Le climat de deuil est entretenu jusqu’au mystère (cf. « main invisible ») et l’Orient ajoute encore à ce climat de mystère. L’entrée de la mort est un combat, cf. « l’agonie du jour sous l’oppression victorieuse de sa nuit ». C’est aussi une lutte entre deux conceptions de la mort.

Dans le dernier paragraphe, la nuit et la mort sont personnifiées et féminisées. L’image se précise, la figure de la danseuse est omniprésente (cf. La Fanfarlo et Lola de Valence).Continuité qui unit se paragraphe au suivant grâce au jeu d’ombres et lumières, cf. « gaze transparent et sombre ». Le mot « Amorties » contient l’idée de la mort et du deuil, idée que vient nuancer l’allègement du tissu. L’image de la robe pailletée continue pour nous donner une interprétation morale : Il s'agit d'une synthèse des deux paragraphes précédents.

Notons pour finir la richesse du jeu des images : les comparaisons morales ou abstraites se greffent sur une image concrète. La comparaison propose elle-même une interprétation de cette énumération.

S’agit-il enfin de la mort du poète lui-même ? Le poète commence par se dire témoin des illusions de personnages fous. Mais le narrateur n’est-il pas victime d’une illusion ? Il veut se défendre d’être victime d’illusions alors qu’il l’est peut-être lui aussi ? Cf. notamment l’expression « feu d’artifices » De plus les mots « semblent, représentent, fantaisie » donnent l'illusion d’une autre présence, l'illusion d’une libération dans la mort ?

 
 
 

Sommaire   Plan du site   Boutique  

 
En partenariat avec : Charles Baudelaire   -   Agatha Christie   -   Marguerite Duras   -   L'Art Roman
  Les Pyrénées Catalanes   -   Encyclopédie Star Trek