Charles Baudelaire
Biographie   -   Œuvres   -   Commentaires   -   Autres auteurs Sommaire - Plan - Boutique    
 

Analyse du poème "La Chevelure"

Situation

"La Chevelure" est un poème de Charles Baudelaire publié le 20 mai 1859 dans la "Revue Française". Il a été inclu dans la deuxième édition des Fleurs du Mal sous le N°23 du chapitre "Spleen et Idéal".

Par ailleurs l'auteur rédigea un poème en prose similaire intitulé Un hémisphère dans une chevelure, paru dans les Petits Poèmes en Prose.

 

Le texte

 

La chevelure

O toison, moutonnant jusque sur l'encolure !

O boucles ! O parfum chargé de nonchaloir !

Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure

Des souvenirs dormants dans cette chevelure,

Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,

Tout un monde lointain, absent, presque défunt,

Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !

Comme d'autres esprits voguent sur la musique,

Le mien, ô mon amour ! Nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,

Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;

Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !

Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve

De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire

? grands flots le parfum, le son et la couleur ;

Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,

Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire

D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse

Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;

Et mon esprit subtil que le roulis caresse

Saura vous retrouver, ô féconde paresse !

Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,

Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;

Sur les bords duvetés de vos mèches tordues

Je m'enivre ardemment des senteurs confondues

De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! Toujours ! Ma main dans ta crinière lourde

Sèmera le rubis, la perle et le saphir,

Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !

N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde

Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

 

Structure du poème

Il s'agit d'un poème de 7 quintils sans strophes marquées. (Un quintil est un ensemble de 5 alexandrins)

Les rimes des cinq vers sont entrecroisées suivants le schéma suivant : 1 - 2 -1 - 1 - 2. A noter la répétition du son "...oir" sur deux quintils différents.

 

Analyse

Les thèmes exotiques sont courants chez Baudelaire. Associé à la féminité, l'analyste doit impérativement penser à Jeanne Duval, sa compagne mûlatre (on dit "métisse" de nos jours), qui lui rappelle quotidiennement les jours de sa jeunesse où il s'était embarqué pour les Indes.

Cette association exotisme-féminité est un axe de travail, il peut être vu comme le thème principal, mais il en existe un autre : Le cheminement interne de l'auteur, une recherche de la mysticité.

1. Vagabondage exotico-érotique

La vision exotico-érotique de ce poème se devine par la présence d'un champ lexical approprié. Le thème de la mer est le plus important (océan, voguent, nage, houle, voile, rameurs, flammes drapeaux des navires, mâts, ports, flots, vaisseaux, glissant, roulis, bord), puis on trouve ce qui a un rapport aux pays éloignés (langoureuse Asie, brûlante Afrique, monde lointain, là-bas, l’arbre et l’homme pleins de sève, huile de coco, musc, rubis, perle, saphir, féconde). L'exotisme est marqué par la chaleur (ardeur des climats, éternelle chaleur) mais bizarrement pas par l'humidité, qui est pourtant un élément caractéristique de l'érotisme.

On peut approfondir cet analyse simpliste en constatant que le thème général nous amène vers la sensibilité de l'auteur. Il désigne en effet la chevelure comme un contenant (par l'utilisation de nombreux mots ayant ce sens "Dans", "où", "contient", "enfermé") foisonnant ("toison", ""moutonnant") vers laquel ses sensations tendent ("forêt aromatique", "Parfum", "Son", "Couleur"), ceci pour aboutir à la spiritualité de l'âme (désignée ici par "l'éternelle chaleur", "Ciel pur")

Enfin le dernier quintil exprime la notion de danger exprimant la crainte de la séparation de l'amante. Métaphoriquement cette séparation est marquée par la présence de mots de durée ("Longtemps", "Toujours", "Jamais")

2. Le cheminement

La structure grammaticale du poème nous montre plusieurs verbes de volonté, ainsi que des futurs et impératifs : Ceci évoque la notion de but à atteindre, que l'on trouve par exemple dans "J'irai là-bas". C'est d'ailleurs confirmé par la notion d'esprit et de souvenirs. L'auteur veut donc atteindre un but, il veut poursuivre un cheminement intérieur. 

Ce cheminement croise la route de l'amour, ce champ lexical étant particulièrement riche ("Ô mon amour", "Extase") et symbolique, la chevelure représentant un symbole sexuel évident ("Je veux l'agiter dans l'air", "Ma main dans ta crinière lourde")) Cette symbolique est valable sur la quasi-totalité du poème, l'auteur s'adressant directement à la chevelure. Seul la fin est moins symbolique, l'auteur s'adressant alors à la femme, permettant de projeter sur elle tout le désir précédemment accumulé.

La présence du mot "Ô" marque le fin du cheminement, l'auteur ayant atteint l'état de spiritualité précédemment défini avec ce mot d'une connotation religieuse évidente.

 
 
 
 

Sommaire   Plan du site   Boutique  

 
En partenariat avec :
  Domaine Littéraire : Charles Baudelaire   -   Agatha Christie   -   Marguerite Duras   -   L'Art Roman
  Monuments du monde : Statue de la Liberté
  Autres domaines : Les Pyrénées Catalanes   -   Encyclopédie Star Trek